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Facturation électronique : contre les risques cyber, des précautions à prendre !

En ce mois de septembre 2026, dix millions d’acteurs économiques ont passé le cap de la facturation électronique. Mais tout est-il réellement prêt ? Côté réglementaire, oui… mais seulement depuis cet été. Techniquement, ça roule. Mais, en revanche, des questions se posent en matière de sécurité, avec la crainte de voir apparaître de nombreux risques cyber. Voici un tour non-exhaustif du problème…

En Italie, la généralisation de la facturation électronique a eu lieu en 2019. Voici donc 7 ans. En Belgique, c’était en janvier 2026. Dans les deux cas, selon les autorités bancaires de ces pays, les fraudes à la facturation ont augmenté. Coïncidence ?

En tout cas, il est sûr que la facturation électronique donne de nouvelles opportunités aux escrocs. Le gouvernement français en est d’ailleurs tout à fait conscient. Il vient, en cette fin août 2026, de donner de nouvelles obligations en matière de cyber-sécurité aux plateformes agréées. A défaut, ces dernières risquent carrément la suspension.

facturation électronique et risques cyber : des fraudes ciblées…

Les risques cyber qui existent en matière de facturation électronique sont, en effet, multiples. Certains vous cibleront directement, en tant que professionnel.

Ainsi, on peut citer parmi les scénarios les plus fréquents :

  • l’arnaque au faux fournisseur : un fraudeur usurpe l’identité de l’un de vos fournisseurs habituels (matériel médical, bailleur…) et crée de fausses factures électroniques. Il les dépose sur une plateforme agréée (PA), qui vous les propose au paiement. Quand vous payez la facture, votre paiement arrive alors sur le compte bancaire du fraudeur. Une variante consiste en l’interception d’une facture légitime, la modification du numéro de compte bancaire et à l’envoi pour paiement
  • l’escroquerie au support technique. Vous recevez un appel téléphonique urgent d’une personne se présentant comme le support technique de votre PA. Elle vous explique que votre paramétrage est incomplet ou qu’il y a une anomalie. Elle vous demande donc de vous y connecter et de partager votre écran ou d’installer un outil d’accès à distance afin qu’elle puisse vous accompagner. Une fois la connexion établie, le fraudeur récupère vos infos, puis modifie les paramètres de votre PA et s’y crée un accès permanent. Le tour est joué !
  • le phishing (par mail) ou smishing (par SMS). Un acteur malveillant vous demande de finaliser une action sur votre PA (mise à jour de vos paramètres de réception, test de connexion…) et vous envoie un lien pour vous en faciliter l’accès. Vous cliquez sur ce lien (ou vous scannez un QR Code), et vous êtes redirigé vers un faux portail qui ressemble à votre vraie PA. Le fraudeur récupère alors vos infos, se connecte à votre vrai compte, en modifie les paramètres (RIB, courriel de contact) et s’y crée un accès permanent
  • le vol de session navigateur : le fraudeur vole le cookie de session de votre navigateur internet qui prouve que vous êtes authentifié sur votre PA. Il peut alors se connecter à cette dernière sans avoir besoin de votre mot de passe et peut procéder à tous les changements qu’il désire
  • le rançongiciel : un cybercriminel bloque l’accès à vos factures (en cours de traitement ou archivées) et exige le paiement d’une rançon en échange d’une clé de déchiffrement.

… mais aussi des fraudes à grande échelle

Un autre type de cyber-risque peut également voir le jour : des fraudes qui visent « plus grand ». Emanent de véritables organisations criminelles spécialisées, elles pourraient mettre à mal tout un système.

On peut ainsi imaginer :

  • une cyberattaque contre une plateforme agréée de facturation électronique : un hacker accède directement aux factures et coordonnées bancaires hébergées au sein de toute une PA, puis, soit remplace les données de paiement par son propre IBAN pour bénéficier de tous les virements, soit procède à du chantage auprès de chaque entreprise cliente de cette PA
  • une cyberattaque visant les convertisseurs de facture : une discordance entre les informations visibles par l’œil humain et celles encodées en format CII, UBL, Factur-X… pourrait apparaître. Vous pourriez alors payer vos factures « à l’aveugle » sans en connaître le montant ou le destinataire
  • le piratage de l’annuaire central « Chorus Pro » (cf. encadré) : dans le cadre de la réforme de la facturation électronique, l’annuaire central concentre les données d’adressage de toutes les entreprises du pays. Ceci en fait une cible particulièrement attractive pour les cybercriminels. Or, en cas de compromission de cet annuaire, l’attaque peut perturber tout le système !

facturation électronique et risques cyber : ayez de nouveaux réflexes…

Si vous ne pourrez, malheureusement, rien faire contre les cyber-fraudes à grande échelle, il vous est possible, par contre, d’éviter au maximum les fraudes ciblées. Pour ce faire, il est nécessaire de repérer des signaux d’alerte. Parmi les plus courants :

  • le prétexte de l’urgence et du secret : c’est le levier psychologique principal des fraudeurs. Toute demande d’action « immédiate » assortie (ou non) d’une consigne de confidentialité doit donc vous alerter
  • l’existence d’anomalies sur les factures, comme des montants anormalement élevés, des fractions de centimes inhabituelles ou encore l’absence d’informations obligatoires
  • la présence de détails visuels trompeurs : une adresse de courriel presque identique à celle du fournisseur habituel, à une lettre près par exemple
  • l’incohérence de certaines données : une adresse de facturation différente de l’adresse habituelle, un fournisseur inconnu ou la réception de la même facture en double…

… et prenez de nouvelles précautions !

Enfin, certaines mesures préventives sont à envisager sérieusement pour que le passage à la facturation électronique se déroule dans les meilleures conditions :

  • choisir une plateforme agréée disposant de toutes les certifications, comme le sont eFacture, sélectionnée par l’Angiil, ou Limpeed et Pennylane, adoptées par AngiilAGC
  • ne pas activer l’option paiement sur votre PA, mais payer vos factures via vos outils habituels (virement, carte bancaire, chèque). Non seulement cette option a un coût, mais elle vous rend plus vulnérable en cas de cyberattaque contre votre PA. De surcroît, ceci vous permet de vérifier plus facilement les coordonnées bancaires de votre fournisseur en cas de doute
  • vérifier tout changement de coordonnées bancaires demandé par l’un de vos fournisseurs. Pour ce faire, il suffit d’appeler au téléphone sur le numéro habituel de ce dernier, et non sur celui figurant dans un courriel ou une facture récemment reçus
  • activer l’authentification à double facteur sur votre PA, mais aussi sur votre logiciel comptable, votre banque en ligne ET votre messagerie électronique. En effet, 90 % des compromissions de compte exploitent un mot de passe isolé. L’authentification à double facteur, qui consiste à exiger, en plus du mot de passe, une confirmation supplémentaire (code reçu par SMS, application d’authentification, clé physique…) neutralise dans la majorité des cas ce type d’attaque
  • gérer correctement vos mots de passe, avec utilisation d’un mot de passe long, robuste et unique pour chaque service. Changez-le immédiatement en cas de suspicion de compromission ou lorsqu’une alerte de sécurité le recommande
  • activer la mise à jour automatique de vos ordinateur, tablette et téléphone portable, mais aussi de vos logiciels. Celles-ci corrigent des vulnérabilités fréquemment employées par les cybercriminels
  • réaliser régulièrement une sauvegarde de toutes vos factures (reçues et émises) sur au moins un support hors ligne (disque dur externe par exemple) : c’est fastidieux, ce n’est pas automatisé, mais au moins aurez-vous une trace en cas de piratage de votre PA.

Des derniers « détails » d’importance dévoilés seulement cet été !

Fin juillet 2026, de nouvelles règles juridiques et modalités techniques pour la facturation électronique ont vu le jour. A un mois de la mise en œuvre de cette réforme majeure, il était temps ! C’est ainsi que le « Guide pratique de démarrage », édité par l’administration fiscale, instaure :

  • la règle de la « continuité économique ». Autrement dit, même si la facturation électronique est la règle, toute facture reçue ou transmise par un autre canal (mail, PDF ou papier) ne doit pas être écartée lorsqu’elle correspond à une opération réelle. Elle doit être payée et, ouvre, si votre régime fiscal l’autorise, à déduction de TVA. L’entreprise régularisera la situation par la suite. Ceci permet, donc, aux professionnels de poursuivre leur activité en cas de blocage d’une PA ou d’incident technique !
  • un certain seuil de tolérance pendant la phase de démarrage. Toutefois, cette tolérance ne s’appliquera qu’aux professionnels déjà engagés dans une mise en conformité. En revanche, toutes celles et ceux qui auront ignoré la réforme risquent de faire l’objet d’une mise en demeure. Toutefois, selon les dernières déclarations du gouvernement, aucune entreprise ne devrait être sanctionnée en 2026

Par ailleurs, un décret et un arrêté ministériels ont été publiés le 28 juillet 2026. Ils :

  • énoncent les formats de facture qui doivent être utilisés (CII, UBL, Factur-X…)
  • contraignent les plateformes agréées à de nouvelles obligations : hébergement des données sur le seul territoire européen, acquisition de la certification ISO/IEC 27001, transparence sur leurs actionnaires et leur gouvernance, réalisation d’un audit de surveillance à minima tous les 3 ans…

Mais surtout, ces nouveaux textes réglementaires :

  • confirme le centrage du système autour de l’annuaire Chorus Pro, consultable par tous. Chorus Pro regroupe toutes les données d’adressage des entreprises. Ceci implique donc que les plateformes agréées ou vos fournisseurs peuvent obtenir votre adresse de facturation en s’y connectant (si toutefois vous avez donné votre accord formel pour y figurer). A l’inverse, vous pouvez faire de même pour trouver les coordonnées de la PA de votre client/acheteur. Attention ! Si un fournisseur ne parvient pas à identifier correctement votre PA, il pourra vous demander confirmation de vos informations. Veillez, dans ce cas, à communiquer UNIQUEMENT votre adresse de facturation électronique
  • fixent la procédure de changement de PA. En résumé, tout professionnel qui souhaite changer de plateforme peut le faire sans délai ni contrainte. Il ne devra, pendant cette période, subir aucune rupture de service. Son ancienne PA devra lui maintenir son service de réception et d’archivage de factures pendant 1 an. Tandis que la nouvelle se chargera du changement de coordonnées sur « Chorus pro » (après obtention de votre accord).

 

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